"Les Diaboliques"
De Henri-Georges Clouzot
Pays : France
Avec : Simone Signoret, Vera Clouzot, Paul Meurisse...
Année : 1954
Genre : Drame, Thriller
Durée : 115 mn
L'histoire. Dans une institution destinée à l'éducation des jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s'associent afin d'assassiner l'homme qu'ells ont fini par haïr. Mais quelques jours après leur méfait, le corps de Michel disparaît...
C'est ici à une plongée vertigineuse au coeur des sentiments humains les plus noirs que Clouzot nous invite. La satisfaction liée à la soif de vengeance affronte la culpabilité, l'un dominant tour à tour sur l'autre, dans l'esprit du tourmenté personnage interprété par la troublante Vera Clouzot, épouse du réalisateur. Une femme cardiaque sur le point de mourir, tyrannisée par son cruel mari, encore amoureuse malgré tout, mais infiniment malheureuse, qui n'ose pas demander le divorce vis-à-vis de ses convictions religieuses.
C'est avec ELLE que l'on vit cette sombre histoire, car c'est le seul personnage que l'on connaît à peu près. Par un regard ou à travers une conversation avec un autre protagoniste, elle partage ses sentiments avec le spectateur, presque considéré comme un confident.
Les autres personnages sont plus mystérieux, ambigus, plutôt inquiétants. Peut-être lâches à force de ne pas se dévoiler. Certains seconds rôles sont évidement simples à cerner sans pour autant être de minables stéréotypes. Mais des personnages comme celui de Nicole (interprétée avec maestria par la classieuse Simone Signoret), du petit garçon qui prétend voir des morts ou du mari sont bien plus étranges. Leurs expressions, leurs regards, leurs paroles sont d'une certaine façon incertains afin qu'il soit impossible d'être certain de leur sincérité. C'est bien sûr cette étrangeté qui entretient le suspense d'une intrigue admirablement ficelée.
Jusqu'à la dernière minute, toutes les hypothèses sont envisageables concernant la disparition du corps. Puis vient le magistral et légendaire ultime coup de théâtre, et là, et bien ! que faire à part rester cramponné à son siège, les yeux écarquillés ? Même si j'avoue honteusement avoir été légèrement déçu, ce serait un crime de renier le brio avec lequel est amené cette formidable révélation.
Après la monumentale scène de terreur dans la chambre de Christiane, voilà que cette chute nous tombe dessus, avant de laisser place à une dernière et énigmatique petite séquence qui laisse planer l'ambiguité. Ce qui amène finalement à une réflexion sur le mensonge...
Tout ça pour dire que j'ai rarement eu l'occasion d'assister à un film jouissant d'une narration si fluide et d'un scénario si prenant et surprenant, qui multiplie les rebondissements avec une indéniable et impressionnante maîtrise. Digne des plus grands Hitchcock. D'ailleurs, celui-ci s'est fait coiffer au poteau pour l'adaptation du roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac.
Artistiquement, c'est là encore, prodigieux.
La mise en scène est mieux que virtuose. Elle utilise le décor (ici un pensionnat) avec souveraineté afin de distiller un suspense étouffant. Clouzot entrelarde son film d'inserts hautement symboliques et manie la caméra en Grand Maître. Le résultat est très beau esthétiquement grâce à une sublime photographie qui joue avec les éclairages et les contrastes. Le découpage est tout ce qu'on fait de plus parfait et varie la durée des plans avec un sens du rythme inouï.
La musique se fait extrêmement discrète et son absence lors de l'ultime séquence de terreur dont je parlais tout à l'heure contribue grandement, bien que de façon subliminale, au stress éprouvé par le spectateur. Le cinéaste prouve que quand on est un grand génier de l'image, il n'y a pas besoin de musique pour faire peur. Hehe ! et bien y'en a pas mal qui peuvent aller se rhabiller, hein ?! Respects Monsieur Clouzot !
Tel est le message (prétentieux?) qui clôt Les Diaboliques. Et c'est à ce moment que j'ai eu la certitude, comme beaucoup avant moi, que c'était là un des plus grand moment que j'aie jamais passé devant ma télévision. Quelle délicieuse sensation ! Ce film est certainement un des meilleurs du genre jamais réalisés ! Ambition, perfection, inventivité, virtuosité. Un polar noir d'encre qui ne laisse pas indemne, un véritable choc cinématographique ! On peut sans crainte oser l'expression trop rare "CHEF D'OEUVRE".